Le dérapage de l’AFP

Il est déplorable de constater qu’une agence de presse classée parmi les trois agences « mondiales », se permet une « glissade » aussi immorale sur le plan de la profession, qu’elle a de tout temps prétendue défendre, en relayant les déclarations d’un responsable d’une organisation séparatiste, notoirement connue par ses activités subversives et attentatoires à la cohésion et l’unité du peuple algérien, à savoir le « MAK ».

Le dérapage de l’AFP, du lundi 26 avril, est préjudiciable à son image de doyenne des agences d’information qui s’interdit de relayer les déclarations d’agitateurs politiques « professionnels », connus par leurs discours séparatistes qui visent à disloquer les Etats.

L’Agence de presse française, qui s’est mise au service d’un discours fossoyeur de l’unité de la nation algérienne a visiblement piétiné toutes les règles de déontologie en pareilles situations, en se permettant et d’une manière ostentatoire de s’engouffrer, tête baissée, dans la règle à géométrie variable, à savoir « Ce qui est considéré comme autoritaire dans cette partie du monde est démocratie ailleurs, et ce qui est démocratie ici relève de l’autoritarisme ailleurs».

L’Agence de presse française, qui se tait devant la répression féroce qui s’abat sur les citoyens sahraouis dans les villes occupées par une monarchie qui se permet tous les dépassements dans ces territoires non-autonomes, sous la haute protection de l’Elysée et fait tout pour continuer à passer sous silence la répression foudroyante qui a frappé le Hirak du Rif, et la torture abjecte pratiquée à grande échelle contre les militants de cette région frondeuse du Maroc  et le mouvement de libération sahraoui, essaye de suggérer que l’organisation séparatiste « MAK »  est fréquentable et dont la littérature politique peut être normalement relayée.

En reprenant de larges extraits des propos du premier responsable de cette organisation séparatiste basée à Paris, l’AFP ne cache pas sa sympathie pour ce mouvement  séparatiste. Pourtant, quand il s’agit d’organisations politiques indépendantistes basques ou corses,  la majorité des médias français ne tergiversent pas sur les termes pour les nommer quitte à les qualifier de terroristes.

L’AFP ne s’est pas contentée dans sa dépêche intitulée « Le mouvement Kabyle  MAK  réfute tout projet d’attentat », de reprendre les propos de son responsable, elle s’est même permis,  ce qu’elle prétend bannir dans sa pratique du journalisme agencier, à savoir le commentaire.

En usant de l’expression « régime, dont le pilier est l’armée,… », qui serait, selon cette dépêche, tenté de « discréditer le mouvement pro-démocratie, de retour dans la rue depuis la fin février »,  l’AFP glisse  subrepticement dans le dénigrement des autorités algériennes et de l’ANP, garante de la sécurité et de la stabilité du pays.

Les desseins de l’AFP, à travers ce commentaire, deviennent plus visibles. C’est clair, pour elle, les mouvements comme le « MAK », qui affiche son caractère séparatiste et l’organisation islamiste « Rachad », héritière du parti qui a plongé l’Algérie dans le sang durant plus d’une décennie, sont des « mouvements pro-démocratie ».

Le rédacteur de cette dépêche continue à entretenir l’amalgame autour du Hirak, en rajoutant à ce commentaire un autre, plus insidieux encore : « Le Hirak est aujourd’hui accusé par le pouvoir d’être infiltré par des activistes du mouvement islamo-conservateurs  Rachad et des militants « MAK », qui chercheraient à entrainer le Hirak  dans la confrontation violente, selon les autorités ».

Ce que l’AFP semble valider, à travers ce genre de commentaires, sont les slogans meurtriers répétés chaque vendredi, à travers lesquels on tente de laver les assassins de la décennie noire de leurs crimes, en œuvrant à endosser  aux services de sécurité, qui avaient sauvé l’Algérie d’un long voyage sanglant dans les ténèbres d’un régime théocratique, dont le porte-étendard  aujourd’hui n’est autre que l’Organisation islamiste « Rachad », tout le drame des années 1990. Elle s’inscrit ainsi dans la continuité de la thèse assassine de « Qui tue qui ? », par laquelle on a vainement tenté de déstabiliser l’Algérie.

L’Agence de presse française, qui ne se contente pas de suggérer que le « MAK » est un mouvement fréquentable et pro-démocratique, tente de le présenter comme représentant d’une région de  l’Algérie, qui n’est autre que la Kabylie, fief de la glorieuse wilaya III durant la Guerre de libération nationale qui a porté la dragée très haute à la colonisation française.

C’est ainsi que l’AFP a décrété, dans sa dépêche, que « La Kabylie est une région berbérophone du nord-est de l’Algérie traditionnellement frondeuse vis-à-vis d’une Etat très centralisé… ». Cette approche « cadastrée » du territoire de l’Algérie, trahit chez l’AFP une volonté de donner au « MAK » une légitimité qu’il n’en a pas sur le terrain. La loi musclée contre le séparatisme, pondue au début de l’année par les autorités françaises, suscitant des craintes auprès des organisations politiques corses, y compris les associations culturelles, n’est pas  perçue alors par la presse de l’hexagone comme l’expression d’un  « Etat très centralisée ».

La France, qui a usé, le long du siècle passé, des moyens les plus répressifs contre les mouvements séparatistes, dont en particulier les partis indépendantistes basques et corses ainsi que le Front de l’indépendance Kanak, et qui continue à fermer tous les espaces devant les mouvements autonomistes,  trouve, à travers son agence de presse, le mouvement séparatiste « MAK », qu’elle abrite à Paris, un mouvement pro-démocratie.

Il est lamentable de constater ce jeu malsain d’une agence de la stature de l’AFP, qui a ouvert son fil à un responsable d’un mouvement séparatiste qui tente de porter atteinte à l’unité nationale d’un pays souverain et qui s’est permis de recourir à un genre de pratiques journalistiques qu’elle se dit portant bannir de son guide de bonnes pratiques éditoriales, à savoir le commentaire, pour transformer des mouvements subversifs, tels que le MAK  et Rachad, en organisations fréquentables voire « pro-démocratie ».

Amar Ait Mokrane

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